Nous avons l’honneur aujourd’hui d’accueillir sur MagMontres l’une des personnalités les plus éminentes de l’horlogerie moderne, un homme ayant participé au rayonnement de l’horlogerie suisse dans le monde ces dernières années grâce notamment à sa présence pendant plusieurs années à la tête de la manufacture horlogère Hublot. Vous l’aurez reconnu, notre invité aujourd’hui est Jean-Claude Biver, un amateur de belles montres, un épicurien et un entrepreneur à succès !

Monsieur Biver, même si bon nombre de lecteurs vous connaissent déjà, pourriez vous nous présenter votre parcours, comment devient-on directeur du secteur horloger du groupe LVMH ?

Mon parcours est relativement simple et peu compliqué. Je suis depuis bientôt 40 dans le métier, soit depuis 1975 et l’horlogerie est non seulement mon métier, mais aussi ma passion. Après avoir relancé la marque Blancpain en 1982, puis contribué au succès de Omega en 1993 et finalement à la relance de Hublot en 2004, je pense avoir accumulé suffisamment d’expérience et compétence pour occuper le poste de Président du Pôle Horloger de LVMH.

Manufacture horlogère Hublot

Vous comptez parmi les figures clés de l’horlogerie suisse, sourire toujours au rendez-vous, « as du marketing », vous semblez aimer vous différencier comme l’essor de la manufacture Hublot l’a démontré durant ces dernières années, jouer la différenciation, est-ce le style Biver ? Après déjà une superbe carrière comme la votre où le succès a été au rendez-vous, qu’est-ce qui vous anime encore au jour le jour ?

Ce qui m’anime aujourd’hui est ce qui m’animait en 1975, c’est à dire la passion pour l’horlogerie ou l’Art Horloger. La passion après 40 ans est toujours la même, si ce n’est pas encore plus forte.

Vous supervisez depuis le 1er mars 2014 le groupement des maisons horlogères suisses du groupe LVMH, un secteur qui semble avoir connu une année 2013 assez compliquée en opposition à la forte croissance de la maison Hublot, pourquoi avoir fait le choix de ce pari risqué ? Quels arguments vous ont convaincu ? De quelle façon allez-vous « relancer » le secteur horloger de LVMH et quelle est votre vision de ce portefeuille de marques à plus ou moins long terme ?

Les seuls arguments qui m’ont poussé à accepter cette responsabilité c’est le plaisir et la foi en mes compétences. Je ne pense pas qu’il soit opportun de vous expliquer ici comment je vais développer le secteur horloger dont je détiens la responsabilité. Mais vous pouvez me croire, que nous allons le faire et que nous aurons le succès que je me suis fixé, soit gagner des parts de marché sur nos concurrents. Il y a très peu de marques indépendantes intéressantes pour un grand Groupe. Dès lors il est difficile de faire des hypothèses sur les acquisitions possibles. Mais nous resterons vigilants et saurons aussi être opportunistes.

Portrait Jean-Claude Biver

Il y a maintenant quelques semaines, l’édition 2014 de Baselworld a été l’occasion pour Hublot de présenter quelques modèles hors du commun, je pense notamment à la Classic Fusion Tourbillon Firnament, que retirez-vous ce cette édition 2014, les objectifs ont-il été atteint ? L’année 2014 sera-t-elle une nouvelle année de forte croissance pour la marque Hublot ? Et plus généralement, que retenez-vous de cette édition du coté des autres marques de montres de luxe ?

Baselworld 2014 c’est à nouveau bien passé pour Hublot et nous avons une fois de plus battu tous les records ! Oui, l’année 2014 s’annonce bien et je pense que l’industrie horlogère Suisse enregistrera à nouveau un record et sera en hausse de 3% à 5%.

Comment voyez-vous l’évolution de la Haute Horlogerie ces prochaines années ? Certains professionnels de l’horlogerie, dont vous même semblent n’avoir aucunes craintes face à l’arrivée des montres connectées, nous ne pouvons pourtant porter qu’une montre, comment être « sûr » que la clientèle « jeune, active et très connectée » ne succombe pas à l’information au poignet plutôt qu’au travail de l’artisan ? Les maisons horlogères de renom devront-elles évoluer en ce sens ? Ces sujets sont-ils ou seront t-ils au cœur des discussions que vous pouvez menez chez TAG Heuer, Hublot ou encore Zenith ? Assisterons-nous à des « virages » en ce sens durant les prochaines années ?

La principale caractéristique de la Haute Horlogerie, c’est son « éternité ». En effet une montre mécanique sera toujours réparable et selon sa finition et rareté prendra même de la valeur. Alors que la montre « technologique ou connectée » est condamné à l’obsolescence. Et de ce fait devient un produit « éphémère », ce qui est totalement en contradiction avec l’art (horloger et autre) qui lui est éternel. Donc les deux types de produit ne sont pas incompatibles entre eux, car ils ne sont finalement pas concurrents.

Jean-Claude Biver, figure de l'horlogerie moderne

La manufacture Hublot est l’une des manufactures de montres de luxe les plus actives en terme de communication, une vie à 100 à l’heure pour la marque, toutes les semaines ou presque de nouveaux partenariats, de nouvelles montres, de nouvelles rencontres … Hublot est très présente sur la partie digitale : twitter, facebook, instagram … mais également sur le devant de la scène sur le plan médiatique avec des partenariats d’exception comme votre statut de chronométreur officiel de la Coupe du Monde 2014 au Brésil, votre partenariat avec Ferrari ou encore vos ambassadeurs de renom dans le domaine du sport, est-ce cela être une manufacture horlogère moderne, qui vit avec son temps ? La vision du marketing de Hublot semble être l’une des grandes armes de la marque, qu’en pensez-vous et sur quels éléments s’appuient vos choix dans le domaine ?

Oui, Hublot est une marque dynamique. Non seulement dans ses développements, ses produits, mais bien entendu aussi avec sa communication, ses évènements et son sponsoring. La dynamique, l’innovation, la créativité, la vitesse, l’opportunisme sont un état d’esprit que chacun chez Hublot transporte avec lui et essaye de mettre en application au profit de tous les départements de la marque. Pas seulement la communication ou le produit, mais aussi la manufacture et la production. Car le meilleur marketing ne durera pas longtemps s’il n’est pas soutenu par de la substance. Et cette substance vient de l’innovation, de la légitimité du produit, de sa qualité et de son exclusivité.

D’ici quelques semaines, c’est le grand rendez-vous pour Hublot ! En tant que chronométreur officiel de la Coupe du Monde de Football 2014 au Brésil, la manufacture va bénéficier d’une exposition médiatique hors du commun, comment vos équipes se sont-elles préparées à cet évènement ? La manufacture semble s’être entourée des meilleurs et a déjà dévoilé la montre de coupe du monde, doit s’attendre encore d’ici les prochaines semaines à d’autres annonces, à d’autres événements ?

Chaque jour il y a quelque part dans le monde un événement Hublot, car le soleil ne se couche jamais sur la planète. Il en va de même pour Hublot. Nous sommes actifs 365 jours par année et avons donc au moins 365 évènements par an.

Hublot, partenaire de la FIFA

La Coupe du Monde de Football est le second évènement le plus télédiffusé au monde derrière les Jeux Olympiques, quels sont les objectifs de la manufacture avec ce partenariat exclusif avec la FIFA ? L’année 2014 appuyée par cet évènement sera-t-elle selon vous une année record en termes de ventes ?  L’idée derrière un tel partenariat pour la manufacture est-il de « booster » ses ventes à court terme ou plutôt de continuer à forger son image dynamique dans le domaine du sport ? 

Non, la Coupe du Monde de Football dépasse en audience les Jeux Olympiques. C’est certain qu’en tant que sponsor, chronométreur et Montre Officielle d’un tel évènement Hublot va accroître d’une manière spectaculaire et sensible sa notoriété, mais nous n’allons pas pouvoir fabriquer plus de montres, car nous avons une production limitée et une marque somme toute confidentielle et exclusive.

Jean-Claude Biver prépare la Coupe du Monde de Football 2014 au Brésil

Avant de conclure cette interview, quelle est la définition d’une belle montre pour Jean-Claude Biver ? Et impossible de passer à coté de cette question, que portez vous à votre poignet aujourd’hui ?

La belle montre est celle que votre père ou grand père vous a offerte sur son lit de mort afin que vous la portiez et qu’elle vous porte bonheur. Il est 4 heures du matin à New York et je vous réponds à vos questions depuis ma chambre d’hotel sans montre au poignet.

Enfin, une question bonus peut-être, dont la réponse fera certainement débat auprès de nos lecteurs, mais osons : Suisse – France, le 20 juin 2014, qui sortira victorieux de ce match de poule au sommet ? Serez-vous dans les tribunes ? 

Malheureusement pour moi (et pour nous les Suisse) je pense que la France va gagner. La force des suisses c’est (peut être contrairement aux français parfois) de savoir reconnaitre leur infériorité. Et en football ils sont à mon avis moins bons que les français. Quoique nous serons peut être surpris ?

Un grand merci à vous monsieur Biver de nous avoir accordé de votre temps pour cette interview qui aura j’en suis sûr passionné les amateurs de belles montres. A très vite sur MagMontres.fr et excellente coupe du monde 2014 au Brésil, à vous, vos équipes et à la Suisse bien sûr ! ?

L’interview vous a passionné, n’hésitez pas à aller découvrir Jean-Claude Biver à travers les reportages TV qui lui ont été consacré ces dernières années.