otre invité sur MagMontres est aujourd’hui Laurent Picciotto, un nom qui parle sans aucun doute aux plus passionnés d’entre vous et qui restera sans aucun doute gravé dans les mémoires de ceux qui ne le connaissent pas encore…

Laurent Picciotto, c’est le fondateur de la boutique Chronopassion, un passionné de belles montres qui sait ce qu’il veut et qui propose dans sa boutique parisienne de la rue Saint-Honoré uniquement des montres d’exception, si vous souhaitez la montre que « tout le monde » porte à son poignet, passez votre chemin… Si vous souhaitez découvrir quelques pépites de l’horlogerie, la caverne de monsieur Picciotto deviendra votre refuge !

Bonjour monsieur Picciotto, pour nos rares lecteurs qui ne vous connaissent pas encore, pourriez-vous vous présenter, votre parcours, vos activités ?

J’ai ouvert cette boutique de montre en 1988, avec un critère de sélection plus passionnel que commercial tout en ayant la volonté d’avoir une exploitation positive et je n’ai pas eu à le regretter.

J’ai débuté à une époque ou le marché était insignifiant en rapport à ce qu’il est maintenant et cela m’a permis d’appréhender les événements avec un peu d’avance. Cette boutique est vraiment unique de par sa sélection atypique et opulente, c’est une affaire émotionnelle, nos clients le savent bien.

Boutique Chronopassion

En 1988, vous lanciez la boutique Chronopassion, cette boutique est devenue une réelle marque, presque un label pour les montres de prestige et les marques indépendantes, comment expliquer le succès de votre démarche ? Y a-t-il chez Laurent comme chez les maisons horlogères des années meilleures que d’autres ? La croissance est-elle toujours au rendez-vous ?

Par une façon de voir les choses qui est mienne, sans tabou, sans m’enfermer dans les codes, je ne voulais surtout pas reproduire les schémas qui me découragent quand je suis client.

Bien sur les années sont fluctuantes, mais vendre des objets chers, même très chers réservent des surprises par rapport à d’autres métiers. Tout peut arriver, tous le temps mais rien n’est moins sûr.

De ce fait depuis 2008, non seulement nous avons consolidé les seuils de chiffre d’affaires des années d’avant, mais nous avons même enregistré notre deuxième meilleure année historique en 2013 !

Intérieur de la boutique Chronopassion

Chronopassion est une boutique hors du commun, vous ne semblez d’ailleurs pas en France avoir de concurrence sur votre créneau, comment choisissez vous les garde-temps vendus dans votre boutique, quelles sont vos critères de sélection ? Quelle est la définition d’une belle montre pour Laurent Picciotto ?

A chacun de mes voyages, je me rends compte que nous n’avons carrément pas d’équivalent, vraiment.

Mes critères de sélection : Lorsque je sélectionne une pièce, j’essaye évidemment en premier lieu de jauger sa valeur ajoutée en termes de technicité et de design. Mais ce qui me guide véritablement au final c’est l’émotion qu’elle suscite et ma capacité à transmettre cette même émotion à mes clients. Cette démarche, bien que réfléchie et sincère, est surtout sauvage et instinctive. On est souvent au delà du déraisonnable. Mes choix sont avant tout ceux d’un collectionneur, mais un collectionneur qui doit vendre !

Une belle montre doit amener quelque chose de plus au sujet, quelque soit ce plus et l’équilibre de l’ensemble.

Laurent Picciotto de Chronopassion

Les montres proposées dans votre boutique sont des montres de luxe, même d’hyper luxe au vue des « prix d’entrée de gamme » annoncés, une belle montre étonnante est-elle forcément chère ?

Qu’est ce qui est chère quand nous sommes en phase avec un objet quel qu’il soit, personne ne nous oblige a rentrer en possession d’une montre ou d’autre chose, le prix est un critère qui conditionne la capacité que nous avons d ‘acheter ou pas, et d’être en phase avec le ratio complexe :  émotion, réalisation, novation, rareté. De ce fait certaines montres à quelque milliers d’euros sont très chères et d autres à plusieurs centaines de milliers d’euros ne le sont pas …Mais chaque situation est un cas particulier.

Laurent Picciotto de Chronopassion

Vous vendez des montres aux 4 coins du monde, quelles sont les pays les plus consommateurs de montres chez Chronopassion et comment cela fonctionne t-il ? Vos clients vous découvre par le biais de votre siteweb et achètent ensuite sans « tester » la montre ?

Je dirais les plus amateurs, la consommation n’est pas un terme adapté. Nos clients sont à 85 % étrangers hors Europe, les 15 % restants étant français, européens et suisses.

Le bouche à oreille des ces 25 dernières années est un fond de commerce (constance et rigueur sont nécessaires), le fait de travailler les niches, nous fait également aller à la rencontre d’amateurs qui sont en chasse de l’objet qui se trouve chez nous parfois depuis quelques temps. Certaines personnes rentrent aussi par hasard et commence leur parcours initiatique chez nous. Le web à aussi changer les usages, le lead d’instagram nous à bien démontré qu’une image est une vente potentielle ! Donc oui les ventes à distance arrivent souvent mais la validation, en mains, chez nous, avec parfois des dizaines de questions et d’arbitrage sur la comparaison avec telle ou telle autre montre subsistera toujours à mon idée.

En fin connaisseur du secteur horloger, comment avez-vous vu évoluer le secteur ces dernières années ? Certaines marques prennent-elles selon vous de mauvaises décisions en termes de stratégie ou de choix artistiques ?

Nous avons connu une formidable révolution de 1995 à 2008, nous étions passés en mode playstation, de formidables audaces ont vues le jour, cohabitant avec aussi beaucoup d’idioties, la stratégie fut pour certains, désastreuse. Cela étant je reste convaincu que c’est l’objet qui prime : la stratégie ne peut pas grand chose sur un produit sans intérêt.

Laurent Picciotto de Chronopassion

Qu’avez-vous pensé de l’édition 2014 de Baselworld ? Quelles nouveautés vous ont séduit cette année qu’ils s’agissent des cadors du secteur ou bien sûr de maisons moins connues du grand public ?

  • HM6 de MB&F magistrale
  • Skull de Fiona Kruger, rafraichissante

Un des sujets de l’année en matière d’horlogerie est certainement l’arrivée très prochaine des montres connectées du géant américain Apple, l’iWatch pourrait selon certains journalistes comme Grégory Pons bousculer les maisons horlogères suisses dans leurs certitudes, quel est votre avis sur le sujet, la Suisse est-elle sur le point de se faire déborder, de louper le virage horloger du XXIème siècle ?

Difficile à dire pour l’instant, nous serons bousculés si une iWatch devient aussi indispensable que notre téléphone portable, sinon nous continuerons à faire rêver avec des objets inutiles mais qui déborde notre émotionnel.

Les dernières années ont vu l’arrivée sur le marché de la haute horlogerie de manufactures « sans complexes », des styles affirmés à l’image de HYT, quelles sont selon vous les marques promis à un bel avenir face aux géants centenaires ?

Hyt à de l’avenir, la révolution fluidique ne se trouve qu’en situation de départ, je vous signe que nous ne sommes qu’au début des surprises avec eux.

Ressence est également une marque à suivre, approche singulière très efficace d’une remise en question des codes horlogers.

Et bien sur Greubel Forsey , Urwerk et Mb&F.

Un oeil à garder sur H Moser et Hautlence bien sur.

Avant de se quitter, deux dernières questions rapides, quelles sont vos 3 montres préférées ? Et que portez-vous aujourd’hui ?

Trois montres préférées, c est toujours une question complexe et qui dépens de l’humeur et du moment par rapport a ce qui sort.

Mais pour aujourd’hui disons : RM35-01, Skull de Fiona Kruger, et Urwerk 105.

RM35-01

Skull de Fiona Kruger

Urwerk 105

Je porte ce jour un HM3 de MB&F.?

Laurent Picciotto et sa montre HM3 de MB&F

Laurent Picciotto de Chronopassion